Dominique Paillard, écrivain conseil.
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❘ François Bon réagit à l’enquête du Monde ❘

Creative writing…

jeudi 27 novembre 2008 par Dominique Paillard

Réflexions sur les différentes approches des ateliers d’écriture. François Bon s’explique.

Article de François Bon [1] extrait de son site le tiers livre :

"Le Monde des Livres a publié jeudi dernier un ensemble d’articles concernant les ateliers d’écriture. Merci à eux, c’est pas souvent qu’on les intéresse.

J’étais très heureux de recevoir une suite de questions extrêmement François Bonpertinentes d’Alain Beuve-Méry, et, de Kiel où j’étais en stage, voici les réponses que je lui avais transmises. Elles concernaient notamment les différences d’approche entre le creative writing à l’américaine (voir Feux de Raymond Carver) et notre propre approche.

Alors que justement, sur le terrain, pour moi en ce moment la chance d’une invitation à la fac de Lettres de Poitiers, on ne cesse de tenter, d’expérimenter…

Alors merci à Alain Beuve-Méry d’en avoir intégré les idées dans le premier article, consacré à nos timides expériences. Mais pourquoi se braquer toujours éternellement, dans les 3 articles d’accompagnement, sur cette sempiternelle fausse question de l’atelier destiné à former des écrivains ? Jamais vu un participant aux ateliers pour qui ce soit ça la question. Mais, si on définit comme ça l’approche, c’est le mot écrivain qu’on laisse inchangé et on rate tout.

Alors un article sur nos timides expériences, et 3 articles pour dire que c’est toujours tellement mieux ailleurs que chez nous ? Qu’il n’existe pas de Jacques Séréna, de Michael Glück, de Leslie Kaplan, de Véronique Pittolo ou de Gwenaëlle Stubbe, de Cathie Barreau, de Philippe Berthault, que n’écrivent pas Hubert Haddad, Alain Bellet, Jean-Paul Michallet, Albane Gellé, Bruno Allain, Tanguy Viel et tant d’autres, les mêmes scies habituelles : clichés de l’écrivain en herbe, le saint agenouillement devant les pratiques américaines, la haute condescendance de qui sait ce que c’est que la littérature vraie (il est vrai de plus en plus rare, puisque le Monde des Livres a réduit son format de moitié) devant nous autres, un peu partout, qui cherchons à nous mettre à l’écoute de ce que le langage peut avoir à s’agrandir, au contact du monde (sans majuscules).

Et comment parler d’atelier d’écriture en restant aussi à distance de 2 questions essentielles : la possibilité de transmettre et d’enseigner la littérature en restant hors de tout concept de pratique (a-t-on jamais enseigné la philosophie sans philosopher ?), pour la première, des enjeux spécifique de la création littéraire, les formes, son renouvellement quand immergée dans d’autres schémas de réalité et de représentation, temps, sujet, ville, identité ? Il n’y a pas d’entité atelier d’écriture en dehors de sa relation à une conception précise de la littérature – à l’inverse, c’est ici que nous, qui animons ces ateliers, trouvons les court-circuits par lesquels la mise en travail du langage est à nouveau perçue comme nécessaire.

Et qu’un des vecteurs de la complexité, alors, et notre chance, c’est la thésaurisation des pratiques. En France, c’est dans les années 70, avec Anne Roche et Nicole Voltz à Aix-en-Provence, Claudette Oriol-Boyer à Grenoble, Elisabeth Bing (excellent travail de cette structure, même longtemps après le départ de la fondatrice), puis plus tard Aleph et ses antennes en région, la Boutique d’écriture de Montpellier puis celle du « grand » Toulouse, l’élan, l’ouverture et la générosité de l’Oulipo, le GFEN… Nous avons la chance d’un paysage ouvert, aux approches multiples. Avec de constantes porosités (voir la maison Gueffier à la Roche/Yon) entre écrivains intervenants et animateurs, déplacements des pratiques par l’accueil d’auteurs, promotion de la lecture à haute voix, actions en réseau : il me semble qu’il n’aurait pas été si difficile de se documenter. Seulement voilà, ça aurait obligé à bousculer l’idée préconçue de l’écrivain d’un côté et le reste du monde de l’autre, alors que c’est précisément cela que l’atelier bouscule.

Et aujourd’hui, un des faits marquants, c’est bien comment des praticiens de l’atelier d’écriture en sont venus comme naturellement à la publication, tandis que grand nombre de jeunes ou nouveaux auteurs pratiquent tout aussi naturellement ateliers et stages sans beaucoup se préoccuper de cette micro-histoire (Michel Tournier en Une du Figaro, en 1993 : Prétendent-ils que tout le monde peut devenir écrivain ?, ça se voit qu’il avait lu le La Poésie est faite par tous et non par un de Lautréamont, mais paix à son âme).

Je repense à mes phrases fétiches, Comment vivre sans inconnu devant soi (René Char), Nous n’aurions plus rien d’humain si le langage en nous était en entier servile (Georges Bataille), Écoute le monde entier appelé à l’intérieur de nous (Valère Novarina) : à lire le Monde, et quand bien même ils aient la gentillesse de me traiter de précurseur, ce qui est complètement faux, puisque j’ai commencé seulement en 1993, on pourrait se dire que vraiment on a raté notre coup."

FB

Le tiers livre/article

[1] FB publie en 1982 son premier livre aux éditions de Minuit, Sortie d’usine, et décide alors de se consacrer entièrement à la littérature. Son corpus très varié compte plus de trente oeuvres dont plusieurs romans, récits, poèmes en prose et romans pour adolescents. Il enseigne à l’Université de Bordeaux et à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts à Paris. Parallèlement à son travail d’écriture, il se spécialise depuis 1992 dans des ateliers d’écriture auprès de gens en difficulté sociale. En 2001, il fonde le site de littérature remue.net.


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