LE VOYAGE
Il est parti. Il rêve des oiseaux, des enfants, des jeunes femmes, des cheveux, du vent, de la pluie et du temps, et encore des arbres, de l’herbe et des chats. Il va partir, son esprit va partir, il en a besoin. Il doit partir ; ce qu’il voit l’interroge, le surprend et même lui fait peur. Il est volontaire. Il ne peut plus regarder le miroir. Il faut qu’il s’échappe, qu’il fuit le familier, qu’il se refabrique, qu’il se réalise. Il partira bientôt, en bousculant tous ces objets, toutes ces personnes, en se bousculant. Il rêve de tout ce qu’il veut et ne peut pas, il rêve, il est transporté : son enfance moelleuse, ses premiers émois, ses premières amours. Angélique est là, toujours là, à ses côtés, inéluctablement. Elle le regarde, ne le reconnaît pas : le visage creusé et toujours ces yeux profonds et lumineux. Mais aussi, ses secondes amours, Eloïse, un peu effrayée par cette énergie déployée vainement. Eloïse se met en retrait. Elle part dans la cuisine boire un verre d’eau. Dans l’encadrement de la porte, elle les observe : ils avaient dû faire un joli couple ! Elle est très jalouse d’Angélique, toujours présente, remplie de compassion, ça l’énerve. Eric s’accoude au balcon. Angélique le rejoint, tournant le dos à Eloïse. Les yeux bleus d’Eric l’assaillent, cherchent, s’assurent d’une certitude : Elle l’aime encore et son sourire lui dit qu’il sait. Il peut partir vers d’autres rêves. Il sait qu’elle l’aime, légèreté pour s’envoler, poids pour couler. Il choisira. Son voyage intérieur n’en finira jamais. Emue et tremblante, Angélique s’affale sur le canapé rouge. Eloïse pénètre dans la pièce, un verre à la main, le tend à Eric. La gorge serrée, il boit. Le voyage ne fait que commencer.


