Lundi 12 avril 1990 – CUBA
Immobilité, immobilité du temps, immobilité des gens écrasés par la chaleur. Pas de vent. Un homme statique assis, harassé, dans l’attente.
Deux femmes debout adossées. Elles parlent, elles bavardent. Derrière elles, sur le mur, deux mots rouges « Daniel = corruption ». Non.
Daniel achète du sucre pour le revendre, pour vivre, pour survivre, dans son deux pièces crasseux, seul, tout seul ; seul, pauvre, comme la plupart des autres cubains, sans travail, harassés par la chaleur, confits, fatigués, immobiles.
Mardi 13 avril 1990 – CUBA
La chaleur flotte dans l’air comme un air de salsa.
Il est 4 heures de l’après-midi.
Deux femmes adossées à un mur bavardent. Sans doute de la pluie et du beau temps.
Elles ne savent pas. Elles aimeraient que la pluie lave la crasse des rues, la crasse de leur ville, la noirceur des hommes au pouvoir.
Elles ne savent pas le Mexique, la pluie entraînant des torrents de boue et engloutissant des hommes, des femmes, des enfants.
Lui non plus, assis, dans une posture contenante, ne sait pas. Il ne saura jamais, il saura que ce qu’on veut bien lui dire, lui faire croire. Il restera assis tant qu’on lui dira de rester assis ; de toute façon, il ne sait pas faire grand chose d’autre. Il vivra, il survivra, immobile, en attente.
Lundi 19 avril 1990 – LA HAVANE
Il est 6 heures du soir.
Chaleur harassante, pas de vent. Pas de pluie non plus.
Ils prennent le frais, mous, nonchalants.
Elles, toutes deux, dos au mur, où s’étalent en rouge, un mot, un signe, un mot « Daniel = corruption ».
Lui, assis sur un banc, au repos.
Ils ont trop chaud, ils sont trop pauvres, ils n’ont pas la force, ils n’ont plus la force.
Pas d’indignation, pas de saute d’humeur.
Invasion évasive de la fumée de cigare dans la chaleur moite de la Havane.
Intrusion envahissante de la corruption dans les chaleurs moites de la Colombie.


