Quelque part dans la ville
Colombo, 8 heures du matin. Déjà la chaleur s’engouffre dans les rues. Les bruits et la foule envahissent l’espace.
Le long des ruelles commerçantes, les étals, envahissant les trottoirs défoncés, dégorgent de marchandises diverses. Les vendeurs, très convaincants, interpellent les passants leur proposant des lots de tee-shirts à des prix défiant toute concurrence, des chaussures de sport aux noms flirtant avec ceux des marques occidentales ou des produits locaux (tissus colorés, épices odorantes, ceintures en cuir ou bracelets de montre en métal). À l’angle d’un carrefour, deux jeunes enfants, chemises claires sur peau brune, manches retroussées et pagnes colorés enroulés autour de leurs tailles fines, sont accroupis. Au rythme des sons envoûtants d’une flûte, ils tentent de stimuler deux magnifiques cobras, encore lovés au fond d’un vieux panier en osier. Le soleil règne en maître des lieux. Ses rayons enflamment l’atmosphère. Prudents, les commerçants protègent leurs marchandises grâce à de rustiques toiles usées par la morsure du temps. Ils les maintiennent tendues à l’aide de longues perches en bambou.
Elle se faufile, se fraie un passage en jouant des coudes à travers une masse compacte de promeneurs affairés. L’atmosphère est pesante. La sueur perle à son front, ses mains deviennent moites. Si elle atteint le coin de la petite ruelle, au nord-est de cette modeste place, elle retrouvera le marché qu’elle avait repéré l’avant-veille.
Bientôt, elle reconnaît l’entrée. Le passage est étroit. Les gens se bousculent. La chaussée défoncée, recouverte de pavés gris, est jonchée d’ordures nauséabondes qui stagnent et pourrissent le long du caniveau. Elle atteint, non sans encombre, les abords du petit marché local : dédale de ruelles surmontées de bâtiments délabrés, rongés par le soleil et l’humidité. Les petites échoppes sombres où s’entassent des cageots de légumes, des sacs de céréales et des bocaux d’épices, côtoient les étalages improvisés des marchands installés dans la rue, sur des bouts de trottoir ou à même la terre battue. Assis sur des cagettes retournées, les vendeurs attendent le client. Les marchandises sont soigneusement déposées sur des palettes, dans des corbeilles en osier ou sur de rustiques planches posées sur des caisses à moitié défoncées et recouvertes de sacs au tissage grossier. Contraste étonnant, les légumes et les fruits sont magnifiques. Et les couleurs vives des citrons, tomates, piments, carottes, bananes, ananas se mêlent aux couleurs non moins flamboyantes des saris.
Elle poursuit son chemin dans ce labyrinthe surprenant où les entêtantes odeurs d’épices et d’ordures se mêlent malgré elles, où la beauté masque la fragilité des installations, où des sourires généreux font momentanément oublier des conditions de vie précaires. Elle poursuit son chemin jusqu’au bout de son désir. Là où jamais elle ne serait allée si sa curiosité n’avait pas été aussi affûtée. Elle poursuit son chemin…
D.P.
Ce texte fait l’objet d’une réécriture en vue d’un projet d’édition.
Voir le PDF de l’article
Crédit photo © Dominique Paillard, 1993










