Je vis les secousses engendrées se propager en raz de marée, laver le moisi, le pourri, le mal de la terre
Je vis le fleuve se vider, laissant les poissons sur les berges se battre, se débattre et mourir
Je vis un figuier alourdi de ses fruits gigantesques, l’air triste, se rapprocher du sol, se voûter vers ses racines pour s’y réfugier
Je vis une vieille dame alitée, blanche comme son drap de lin, maigre, les yeux grands ouverts, fixés au-delà, remuant les lèvres sans parole
Je vis un homme partir au bout du monde, en quête d’oubli et je le vis ne pas oublier
Je vis un bébé, le rose aux joues, éclater de rire dans le désert
Je vis une limousine débouler dans la rue, un pan de tissu coincé dans la portière. Derrière la vitre, je la vis hurler, les yeux effrayés
Je vis des survivants, vidés de leur substance, errer dans la ville, à la recherche d’une meilleure vie
Je vis une ville sans vie, inerte, dévorée par les pluies et les vents
Je vis dans un faisceau bordé du tout, j’y vis le non fond, l’endroit où aller, où se reposer, et quand je me retournai, je me vis endormi et paisible.


