Il s’approchait de la maison, la terrasse en bois rouge s’arrêtait net devant lui.
Au lieu de la franchir, il décidait d’observer encore une fois cette bâtisse.
Elle était en train de mourir.
L’ombre portée sur la façade avant anéantissait les formes. Sous les arcades, la porte était floue, presque effacée, comme s’il n’avait plus de raison d’y pénétrer. Qui pouvait encore s’accouder à ce balcon trop étroit ?
Les fenêtres, sans persienne, étaient disloquées, presque ramollies. D’autres, murées, inertes. Les avant-toits, acérés, coupants, hostiles ; le toit, métallique. Seule douceur, les courbes, tout en rondeur, emberlificotées, lui faisaient penser à une femme. Non, elle ne vivrait plus.
La terrasse de bois montait et le bâtiment s’enfonçait dans le sol. Au fur et à mesure, une excroissance rouge s’élevait, grandissait, envahissante. Il fallait extraire ce mal, cette souffrance, cette douleur. Il voyait une dernière fois sa maison. Il tourna les talons et partit, propulsé dans un grand fracas de poussière et d’amour.
Annie
[Peinture d’Edward Hopper, House by railroad, 1925.]


