"Quelque part en Afghanistan ou ailleurs"
Syngué sabour signifie en persan « pierre de patience ». Là-bas, on raconte que jadis il existait une pierre magique à laquelle on pouvait se confier : « Tu sais, cette pierre que tu poses devant toi… devant laquelle tu te lamentes sur tous tes malheurs, toutes tes souffrances, toutes tes douleurs, toutes tes misères… à qui tu confies tout ce que tu as sur le cœur et que tu n’oses pas révéler aux autres… […] Tu lui parles, tu lui parles. Et la pierre t’écoute, éponge tous tes mots, tes secrets, jusqu’à ce qu’un beau jour elle éclate. Elle tombe en miettes. […] Et ce jour-là, tu es délivré de toutes tes souffrances, de toutes tes peines… »
Quatrième ouvrage du poète afghan Atiq Rahimi Syngué sabour, Pierre de patience [1] conte l’histoire d’une Afghane qui veille son mari inconscient, soldat d’Allah atteint au cou par une balle. Elle prie. Elle égraine son chapelet. Et puis elle se met à parler, à lui parler… Aurait-elle trouvé sa pierre de patience ? Trouvera-t-elle enfin le chemin de sa délivrance ?
« Cette voix qui émerge de ma gorge, c’est la voix enfouie depuis des milliers d’années. »
Atiq Rahimi signe pour la première fois un livre en langue française. Certainement une nécessité pour façonner ce texte ramassé, concis où l’art du minimalisme est constamment maîtrisé. On peut parler de "proésie" tellement l’agencement des mots tombe avec justesse, délicatesse et nous entraîne dans un parcours où le temps est posé, en suspension.


